Qui était Omar Little dans « The Wire » ?

Les fans de la série ont appris avec tristesse la mort de l’acteur américain Michael K. Williams, lundi 6 septembre à Brooklyn. Agé de 54 ans, il a incarné Omar Little, le Robin des bois de Baltimore dans « The Wire ».

C’est « LA » série. Diffusée entre 2002 et 2008, The Wire est plébiscitée par la critique et les spectateurs pour son réalisme. En 2006 le magazine Variety l’assure : « quand l’histoire de la télévision sera écrite, presque personne ne rivalisera avec The Wire ». Si le show de HBO a donné naissance à des personnages incontournables comme Stringer Bell, joué par Idris Elba, ou l’inspecteur Jimmy McNulty, interprété par Dominic West, Omar Little restera gravé dans les esprits. Inspiré par le vécu de Donnie Andrews, un ancien criminel reconverti en conférencier anti-crime, les fans de la série retiendront notamment le charisme, l’originalité et l’authenticité du personnage animé par Williams.

Gangster unique et iconique

Omar est un voyou qui prend soin de sa grand-mère. Omar est connu pour ses répliques cultes, du style « un homme doit avoir des codes » ou bien « pose le flingue, prends un cannoli ». Omar est un vendeur de drogue, un cowboy des temps modernes armé d’un canon scié et d’un trench-coat sombre. Omar a le visage balafré ; ou plutôt Michael Kenneth, qui arbore une cicatrice d’une singularité glaçante, souvenir de ses 25 ans, lors d’un règlement de compte entre bandes rivales à New-York. Omar est aussi homosexuel. 

C’est d’ailleurs loin d’être un détail selon Monica Michlin, autrice de « L’audace queer de The Wire »*. Selon cette maîtresse de conférence en études américaines : « La série est cependant pionnière par son refus d’invisibiliser les personnages gays et lesbiens ». Selon elle, cette oeuvre se démarque dans la mesure où « le personnage d’Omar est d’une originalité totale », comparée au code des séries policières traditionnelles. 

Monica Michlin remarque que, sur internet, les fans de la série peuvent témoigner d’une homophobie plus ou moins insidieuse. Si certains s’aventurent à louer le courage d’Omar tout en méprisant sa sexualité, d’autre amateurs ou critiques préfèrent passer sous silence sa sexualité, « parce qu’Omar bouscule les codes ». 

Elle ajoute que « (le fait) qu’Omar soit gay est d’emblée surcompensé par une accumulation de codes signifiant l’hypermasculinité du personnage. Il apparaît aussi comme un Robin des Bois, ne volant que ceux qui sont eux-mêmes « de la partie » (in the game), c’est là son code d’honneur (A man’s got to have a code) ». Elle conclut en expliquant que Omar, et par la même occasion Kima, la détective lesbienne, offrent une part de rêve d’égalité aux spectateurs LGBTQ+, et ce en dépit de l’absence de critique explicite de la domination de genre dans la série

En 2008, Michael Kenneth Williams abordait cette question lors d’une interview pour le Guardian. « Oui Omar est gay, mais ce n’est pas ce que vous retiendrez de lui, expliquait l’acteur décédé lundi. Dans la rue, en particulier au sein de la communauté noire, l’homosexualité est un tabou. Mais j’ai rencontré de vrai gangsters qui m’ont dit, « Omar c’est mon gars ! J’adore Omar ! » Je pense que ça a peut-être fait évoluer les mentalités de certaines personnes. » 

Une icône rap de Baltimore à Marseille

Ce personnage atypique de dealer est aussi à lui seul un des symboles de la street-culture américaine. Il est repris notamment par les rappeurs Eminem, Lil Wayne ou encore 50 Cent. Jusqu’en France, il apparaît dans les textes des artistes qui osent se comparer à lui au détour d’ego-trips (un style d’écriture rap qui consiste à se mettre excessivement en valeur) . En 2005, alors que la série est au summum de sa popularité, le rappeur Lino glissait dans le deuxième couplet de Male Dominant « Comme dans The Wire, j’suis un genre d’Omar hétérosexuel ». Booba, Alkpote, Despo Rutti, Jok’air ont invoqué le personnage interprété par Michael K. Williams. JuL débitait encore en mai dernier, « J’arrive dans le son, comme Omar dans The Wire » sur le morceau Sapapaya.

Toutefois, l’oeuvre des créateurs David Simon et Ed Burns dépasse la culture de la rue. De nombreuses personnalités publiques comme Stephan King ou Barack Obama hissent la série au rang de chef d’oeuvre. Lors d’une entrevue entre le 44e Président des Etats-Unis et D. Simon à la Maison Blanche, l’ancien chef d’Etat a déclaré : « Je suis un grand fan de « The Wire ». Je pense que c’est l’une des plus grandes séries télévisées, mais aussi l’une des plus grandes œuvres d’art, de ces deux dernières décennies ». Au sujet d’Omar, son personnage préféré de la fiction, il a ajouté « Ce n’est pas ma personne préférée, mais c’est un personnage fascinant ».  

  • Chapitre 9 du livre : « The Wire : l’Amérique Sur Ecoute », paru en 2014 sous la direction de Marie-Hélène BacquéAmélie FlamandAnne-Marie Paquet-DeyrisJulien Talpin

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s