Les tourments d’un Gunner (I) : L’enfance

Journal d’un supporter de l’ère moderne du football. Entre confessions et réminiscences, un fan retrace son enfance et essaye d’expliquer sa passion pour un club : Arsenal FC.

On est en septembre 2002, c’est la rentrée des classes, je suis en CE1. Trois mois auparavant, je regarde pour la première fois un match de foot et… je pleure. Ma Suède se fait éliminé par un but en or du sénégalais Henri Camara en huitièmes de finale de la Coupe du Monde. Depuis ce traumatisme, je parle, je joue, je rêve, je vis foot. J’ai 7 ans, et après les éléphants et les chevaliers, c’est la rentrée du foot dans ma vie. Récit ouvert.

Dans mes souvenirs, cette année scolaire était un temps d’initiation. Chaque opportunité d’intégrer du foot dans ma vie, j’y fonce tête baissée. Dans mon école primaire, la plupart des gars jouent au foot à la récré. Peu importe la météo, les marques des balles en mousses sur les murs de la cour ne cessent de réapparaitre.

Les heures en classe sont des temps tactiques, où, avec mon pote Dalin, nous dessinons les meilleures « compos » d’équipe possibles. Nos camarades de classes remplacent les Zizou et consorts. Dalin était toujours en défense et moi au goal. « Mets Kévin en pointe, y trace », disait-il. On imitait les 4-4-2 et autres 4-2-3-1 vus au début des matchs à la télé. D’ailleurs, si par chance nos « exo » étaient finis avant l’heure, FIFA98 faisait chauffer les tours centrales des ordis de la salle d’informatique.

Plus les semaines passent plus les lundis revêtent une grande importance à mes yeux.

À la maison, on n’avait pas Canal+ (pas de Canal, pas de foot). Une frustration lorsque le week-end approchait. Alors le lundi, c’était les récits, les résumés des potes à la récré, les retranscriptions des actions sur le goudron de la cour, la mise à jour du classement. C’était là, où, les oreilles tendues, je trouvais mon bonheur.

À cette époque, les résumés des matchs et ‘amazing skillz compilation‘ sur Youtube n’existait pas. En fait Youtube n’existait pas. Donc sans Canal, le temps rare et précieux attribué au football sur les chaînes publiques devenait des rendez-vous immanquables. Le dimanche matin avait une autre odeur…

9 mai 2004, on est dimanche, il est 11h.
Archive: TF1

TIN TIN Tiin !

L’explosion lorsque Battle Without Honour Or Humanity de HOTEI retentit dans le téléviseur ! Se réveiller trop tôt et tomber sur Auto-moto… le calvaire! Ma patience atteignait ses limites, ces dimanches matin, quarante minute avant l’émission – rohhh.

Imagine alors… Derrière l’écran bombé : les contrôles, les couleurs des maillots, les actions, les buts, les célébrations, les passes. Chaque semaine, un incroyable défilé. Je bois les paroles de Christian Jeanpierre, de Nathalie Renoux, ou de n’importe quel invité plateau. Jamais je ne bronche, toujours j’acquiesce. Le sens critique n’a pas sa place dans la passion d’un gosse. Téléfoot, cette émission d’un temps ancien, devient mon trésor d’informations.

L’année avance et les lundis deviennent bavards.

Sans ce programme, les dimanches matins n’auraient jamais eu cette saveur. Aujourd’hui encore, les jours de matchs dominicaux en Premier League, je retrouve ce goût d’enfance. Une chose est sûre, depuis cette fin d’année 2002, j’associe le week-end avec le foot.

Cette année, un autre item viendra étancher ma soif de gazon vert : Fifa 2003, le jeux-vidéo. C’est le bélier qui ouvre grand les portes du théâtre des rêves. Comme disait l’intro connue de tous : Ici… c’est ‘tseuneugame’.

Offert en cadeau de Noël, Fifa entre en trombe dans ma vie. Le simple fait de détenir la dernière édition du jeu franchisé était une fierté. J’étais un novice et un passionné à la fois. Je ne savais pas joué, je ne connaissais presque aucune équipe, mais j’avais Fifa 2003.

Anecdote. Je me rappelle des retrouvailles à la cantine avec les copains. Des plateaux repas, des « levez la main si vous avez Fifa 2001! ». À l’époque, ma main restait dans ma poche.

Noël, c’était aussi les abonnements au magazine de notre choix : Youpi, J’aime Lire, Pif Gadget et Super Picsou Géant. Mais je marche par phases, j’ai toujours fonctionné comme ca. Je veux devenir ma passion et cette année là « jsuis devenu foot ». Après Téléfoot et après Fifa, il ne me manquait plus que les posters dans ma chambre. « Ce sera Onze Mondial s’il te plait Pépère ! »

Comme tout le monde, je me suis abonné pour les images, mais j’ai fini par décortiquer les articles. Si je ne dis pas de conneries, c’est l’abonnement mensuel le plus long que j’ai gardé.

En quelques mois j’étais passé du petit intéressé au passionné maboule.

J’étais devenu un vrai fan de foot, un fada comme ils disent de l’autre côté. À cette époque, je ne suis pas fan d’un club en particulier. Une équipe, ça ne se choisit pas, tout le monde vous le dira. Papa n’aimait pas le foot, alors supporter le club familial, non. À moi de choisir ? Impossible!

Je pense qu’on aime d’abord un joueur avant d’aimer un club. Mon joueur, c’était l’indien sur le terrain avec son iroquois rouge vif ! Ah ça oui, les coupes de cheveux de footballeurs c’est quelque chose. La crête écarlate, le maillot rouge trop large qui flotte entre deux gestes techniques, la mine de beau gosse – qu’est ce qu’il avait la classe ! En plus, il était trop fort. À son top, l’année d’avant, il était élu meilleur joueur de Premier League. Après ça, il sera placardé sur tous les panneaux publicitaires d’Europe comme égérie Calvin Klein. Il n’y a qu’un « mister clutch », le numéro 8 du Arsenal Football Club : Fredrik Ljungberg !

Pour mon anniversaire, ma famille m’apporte mes cadeaux en même temps que le petit déjeuner au lit. Une vieille tradition suédoise. Au diable les tartines de bon matin, je ne pensais qu’à obtenir mon saint-graal, un maillot dudit Freddie. Nous sommes à la fin de l’année scolaire 2003 et je touchais au but.

Un énorme logo « O2 » au milieu du torse, un rouge pétant, le numéro 8 floqué dans le dos et au dessus, ce nom si cher à mes yeux : Ljungberg. J’exulte ! Ni une ni deux, j’enfile ma nouvelle tunique, saute hors de mon lit et célèbre les bras tendus dans toute la maison. Le maillot n’a aucun relief, le col est celui d’un polo. C’était un de ses fakes que l’on trouve dans les boutiques pour touristes ou dans les aéroports. Mais qu’est-ce que j’en ai à faire, j’ai 8 ans et je me sens enfin complet ! Je n’étais plus un fan de foot, j’étais un fan de Ljungberg, j’étais Freddie.

Sans Téléfoot, Fifa 2003 et Onze Mondial, ma sainte trinité, je n’aurais jamais découvert l’amour du foot, des jeux-vidéo et de Ljunberg. Mais ce jour-là, j’enfilais aussi pour la première fois la tunique des « Gunners » d’Arsenal. La sentence était tombée et moi je célébrais sans le savoir : « Tu ne seras plus un fan de foot, mais un supporter. Supporter d’Arsenal. Tu seras un Gunner, fils ! « 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s