Le fabuleux destin de Sundiata Gaines

Il y a dix ans jour pour jour, l’ancien arrière des Jazz marquait un panier à trois points décisif face au Cavs de Lebron James. Aujourd’hui, il foule les parquets de la première division uruguayenne. Récits des tribulations d’un américain hors d’Amérique.

Certains évènements ne devraient pas arriver. Jeremy Lin n’aurait pas dû dominer la ligue pendant deux semaines. En 2019, Andre Ingram, réserviste des Lakers et prof de maths dans le secondaire, ne devait pas inscrire 19 points contre les Houston Rockets. Et Sundiata Gaines n’était pas sensé rentrer un shoot à la dernière seconde face à un Lebron James pantois. Et pourtant, parfois, la balle orange a ses raisons.

Pour mémoire, nous sommes en 2010 lors d’un match qui oppose les Jazz de Deron Williams aux Cavs de Lebron, alors meilleure équipe de la ligue. Il aura fallu les blessures conjointes du meneur star de la franchise et de la solide paire Kirilenko-Boozer pour qu’un Jerry Sloan à court d’option décide de faire rentrer Gaines.

Deux jours plus tôt, Sundiata jouait un match avec les Stampede de l’Idaho, une des équipes affiliées à la ligue de développement de la NBA. Ce jour-là, il remplira la feuille de stats avec 32 points, 6 rebonds et 5 passes. Bien assez pour que le directeur sportif des Utah Jazz lui propose un contrat d’essai de dix jours avec l’équipe première.

Retour à Utah. Il reste six minutes de jeu quand le joueur de 25 ans entre dans une EnergySolutions Arena pleine à craquer. L’élégant shooteur passe cinq minutes à errer sur le terrain. Il enchaîne les allers-retours sans apercevoir le cuir. Pendant ce temps, l’avance de Utah fond et Jerry Sloan est contraint de prendre son dernier temps mort. 5,6 secondes à jouer, 96 à 94 en faveur des Cavs.

La suite, certains la connaissent. En sortie de temps mort, la balle atterrit dans les mains d’un Gaines bien décidé à envoyer un shoot lunaire. Il reste une seconde au chronomètre quand la balle quitte les mains de l’arrière. Personne n’avait senti le coup. Surtout pas Anthony Parker, le défenseur des Cavs visiblement peu inquiété par le néo-joueur des Jazz. Jugez par vous-même…

Si ce shoot a tout d’une bénédiction divine, comme en témoigne l’explosion de joie du coach des Jazz d’un naturel stoïque, il trouve sûrement racine dans les origines particulières du natif de New York.

Comme dans toute histoire de self-made man à l’américaine, le protagoniste a dû mettre sa vie en danger au moins une fois pour se forger un mental d’acier. En l’occurrence, une balle perdue a frôlé la jugulaire du jeune Sundiata – dit Yatta – alors qu’il n’avait que 4 ans et attendait son frère devant une épicerie à Brooklyn. Il racontera qu’avoir “une seconde chance dans la vie” lui a fait comprendre qu’il était “là pour une raison”. Classique.

Plus tard, on retrouve le jeune meneur new yorkais sur les bancs du lycée Archbishop Molloy dans le Queens (le même que Kenny Smith, Kenny Anderson ou plus récemment Cole Anthony) où il y affrontera les plus gros talents de la Grosse Pomme. Ses 28 points de moyenne ne lui ouvriront que les portes d’un programme de moyen standing à l’université de Georgia où il passera quatre années.

Les montagnes russes commencent après sa non sélection à la draft de 2008, le comble de la disgrâce pour un joueur américain. D’un prometteur talent new-yorkais, il va devenir un véritable mercenaire du ballon rond. Pêle-mêle, Gaines trainera son talent en Italie, en Géorgie, en Chine, en Turquie, au Venezuela, puis en Israël. Il possède la rare distinction d’avoir évoluer avec quatre clubs sur trois continents différents au cours de la même saison. Et celle d’avoir porté vingt-et-unes couleurs différentes au cours de ses 11 ans de carrière professionnelle. Moins classique.

Que sont-ils devenus ?

Même si personne n’a posé la question, sachez que l’intéressé joue actuellement au Defensor Sporting Club de Montevideo en D1 uruguayenne. Certainement n’y est-il que de passage dans l’attente d’une énième opportunité pour gagner sa place dans la grande ligue.

Quoi qu’il advienne, personne ne pourra jamais lui enlever la prouesse d’être rentré dans la légende du Jazz, grâce à un tir inoubliable, qui, l’espace d’un très court instant, a fait trembler le King James. Une presque success story dont seules les américains ont aussi le secret.

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